Dernière ligne droite avant le 8 mars. Ce jour-là, les femmes du monde entier, selon une tradition solidement établie, sollicitent le regard universel sur leur condition. Elles évaluent les avancées et les progrès enregistrés sur le terrain de leurs droits. Elles déclinent, sur le mode de l’espoir, les perspectives heureuses qui s’offrent en termes d’une plus grande intégration à leurs sociétés, de possibilité d’y tenir une place et d’y jouer un rôle reflétant leur nombre et la qualité de leur engagement social.
C’est un admirable combat qui se poursuit aux quatre coins de la terre. Un combat non linéaire. Il a pris différentes formes et a précisé, à travers le temps, ses moyens d’action, ses objectifs ainsi que son mode opératoire. S’il n’a pas enregistré les mêmes bons résultats partout, il s’impose néanmoins comme un sujet de préoccupation universelle.
Ce combat, d’abord non structuré, presque informel, a commencé par se chercher dans des expressions individuelles de révolte, de ras-le-bol contre la suprématie masculine. Ce fut le fait d’une poignée de femmes pionnières, en rupture de ban, en rébellion ouverte contre un certain ordre des choses, dans des sociétés prises dans le moule de pesanteurs pluriséculaire.
Il s’agit, pour ces femmes, dans un rapport de force quasi nul, de secouer le cocotier, de dessoucher des habitudes solidement enracinées, d’apporter un souffle de créativité dans les rapports femme/homme, de remodeler la société tout entière dans un partage intelligent de pouvoir, en cassant la quasi mainmise de l’homme sur la direction des êtres et des choses.
Cette redistribution des cartes souhaitée a souvent dérapé. On a pu alors parler d’une guerre ouverte entre la femme et l’homme, celui-ci étant souvent convoqué pour répondre de ses crimes. Pour nombre de femmes, embourbées dans cette logique outrancière de la guerre, l’homme est l’être à abattre, l’empêcheur de tourner en rond à déboulonner d’un piédestal usurpé.
Cette rébellion aura fait alors autant de tort à la femme elle-même qu’à la société. Ce qui confirme l’idée selon laquelle la force matérielle physique impressionne, mais n’a pas d’effets durables. Seule la force mentale se pare des hautes vertus qui guident sur les chemins d’un plein épanouissement et accomplissement.
C’est la direction que nous semblons prendre depuis peu, avec l’approche genre. A comprendre comme la nécessaire complémentarité de l’homme et de la femme. Et c’est la nature elle-même qui en a ainsi disposé. L’homme et la femme ne sont plus dans un bras de fer permanent autour du pouvoir. Mais l’homme et la femme exploitent à bon escient la synergie de leurs différences pour se donner encore et toujours plus de pouvoir. Voilà qui rallume et qui ravive l’espoir de construire des sociétés plus équilibrées, des sociétés qui marchent sur les pieds plutôt que sur la tête. Il n’y a pas de développement unijambiste possible. Tout développement durable doit être porté aussi bien par les hommes que par les femmes d’une société.
Voilà en quoi le genre, dans la relation femme/ homme, est une option constructive de bon sens. Il s’ordonne comme une formule de rééquilibrage pour le meilleur. Il sollicite l’effort d’évacuer les scories du passé. Il impose le courage de vider l’abcès des frustrations. Il ouvre au bonheur du partage et de la participation, selon la symbolique des mains fraternelles, solidairement tendues vers un objectif commun.
Voilà ainsi campé le décor de la fête. Le Bénin, comme il sait le faire, y sera présent. Peut-être même qu’il se signalera, à l’occasion, par une initiative originale et hors de l’ordinaire. Qui sait ? Mais nous ne devons pas nous fatiguer de continuer de solder notre compte dans le livre de nos déficits. Citons quelques faits et chiffres pour circonscrire les chantiers à l’assaut desquels nous devons nous porter.
- Le Bénin dispose d’une fonction publique à dominance masculine, soit 73,23% d’hommes contre 26,77% de femmes.
- Au gouvernement, le taux moyen de femmes a souvent été de 10% et le plus fort pourcentage de femmes jamais atteint est de 23,81%.
- L’analphabétisme concerne 67,4% de la population totale avec 78,1% de femmes analphabètes contre 44% d’hommes.
- Le pourcentage de filles à l’université a oscillé entre 19% et 23% de 1997 à 2005 et elles sont presque absentes des filières scientifiques et techniques (Moins de 20% des effectifs.)
Le 8 mars, journée internationale de la femme. Que la fête soit belle. Mais sans que l’on perde de vue ce qui mérite d’être revu et corrigé pour que la fête soit encore et toujours plus belle.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 5 mars 2010
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