Article complet: Janus, l’hôte officiel du Bénin

01.03.10

Permalink 10:53:54, par Jerôme CARLOS Email , 964 mots, 326 vues   French (FR)
Catégories: Chroniques, Album photos

Janus, l’hôte officiel du Bénin

Est il mentalement sain de vouloir une chose et son contraire ? Les Romains, dans l’antiquité, avaient un dieu qui répondait au nom de Janus. Ce dieu était représenté avec deux visages tournés en sens contraire. Quand l’un des visages de Janus consent, approuve et acquiesce en disant oui, l’autre se renfrogne, s’assombrit en disant non. Un dieu, mais deux expressions opposées, contraires.
Tout pousse à croire, en ce début de l’année 2010, que Janus a élu domicile au Bénin. Il hante le grand marché international de Dantokpa. Il rode autour des cent cinquante partis qui peuplent, dans une indécente promiscuité, l’arène politique nationale. Il fait des siennes dans toutes nos fédérations sportives, en donnant le vertige, en particulier, aux dirigeants de notre football. Nos médias, à travers nos journaux, radios et télévisions, ne sont pas en reste. Ils nagent, ces jours-ci, dans une confusion extrême, orchestrant, de ce fait, une cacophonie du diable. Ne vous y trompez pas : Janus est passé par là.

Le Bénin, à l’occasion de l’an 20 de sa Conférence des forces vives de la nation, n’a eu de cesse de parler d’union, d’unité, de consensus. De bien beaux concepts dans des discours flamboyants et de la bouche fleurie de maints orateurs. Des concepts convoqués pour accompagner notre marche en avant. Des concepts déclinés sur tous les tons et à tous les temps.

Mais à peine furent-elles refermées les portes de la mémoire, rangés au grenier les flonflons de ce grand bal du souvenir que la désunion se réinstalle. Les familles, les entreprises, les groupes d’intérêts, les associations, les partis politiques bruissent de coups bas assénés tous azimuts : coups de bec, coups de griffe, coups de corne, coups de sabot. La zizanie revisite l’arène politique, s’empare, à nouveau, de tous les esprits. Le Béninois redevient loup pour le Béninois. Là-dessus, point de doute : Janus est passé par là.

[Suite:]

Par ailleurs, dans ce petit Bénin qui nous donne de grands soucis, tout le monde, pour une fois, s’accorde sur le principe de départager équitablement ceux des Béninois qui solliciteraient les suffrages de leurs compatriotes. Des élections truquées ? On n’en veut plus. Des constitutions tripatouillées ? Ca suffit ! Des majorités artificiellement montées ? On en a marre !

Dans cet hymne à la vertu que les Béninois exécutent d’une seule voix, avec une surprenante ferveur, la Lépi, la Liste électorale permanente informatisée, résonne comme une belle conquête. Longtemps attendue, jusque là différée, la Lépi, enfin, par touches successives, prend corps et forme. Mais alors, si tous les Béninois, sans exception, veulent la Lépi, chacun des 8 millions de Béninois a son idée de la Lépi, a une idée de sa Lépi. Pour dire que si tout le monde est d’accord pour que le Bénin organise désormais des élections propres, grâce à la Lépi, chacun n’exclut pas cependant la possibilité de se tailler le privilège, sinon le monopole, de voler et de tricher. Pourquoi s’en étonnez : Janus est passé par là.

Et ces Béninois qui prêchent la vertu en volant et en trichant, vous diront que leur pays, le Bénin, est une terre bénie de Dieu. Ils vous diront également, la main sur le cœur, qu’ils ont une cote exceptionnelle d’amour auprès de Dieu. Aussi croient-ils dur comme fer qu’ils sont vaccinés contre la situation qui a prévalu au Rwanda ou qui prévaut en République démocratique du Congo ; qu’ils sont à des années lumière du Libéria ou de la Sierra Leone qui se relèvent cahin-caha de la furie dévastatrice d’une guerre civile.

Pourtant, ces prétendus super protégés de Dieu, ne semblent toujours pas faire ce qu’ils doivent pour continuer de mériter la protection divine. Leur discours devient affreusement sectaire. Avec des accents d’un régionalisme de mauvais aloi. Leur égoïsme, si ce n’est leur gourmandise, est sans borne. Ils sont toujours plus déterminés à saigner un pays qui s’anémie à vue d’œil. Leur cécité est effroyable. Ils ne mesurent pas le danger qu’il y a à jouer à saute-mouton tout au bord du précipice. Leur irresponsabilité est pitoyable. Pour garder leurs privilèges, ils sont prêts à tout embraser. Donc à tout perdre. Vous avez vu juste : Janus est passé par là.

Les Béninois sont des accros du football, devenu, à l’intérieur des périmètres du pays et par droit divin, le sport roi. Les Béninois sacrifieront pères et mères pour le Onze national. Les Béninois montreront des ressources insoupçonnées d’engagement pour soutenir les Ecureuils. Pourtant, ces rongeurs, chouchous de la nation et de l’Etat, en cinquante ans d’indépendance, n’ont rien gagné. Disons plutôt qu’ils ont tout perdu. Mais plus l’équipe s’enfonce, plus les Béninois se défoncent pour elle. Les autorités étatiques et celles de la Fédération ont décidé, au lendemain de la Can Angola 2010, d’enfoncer définitivement l’équipe en la dissolvant. Sont-ils pour autant morts les Ecureuils ? Peut-être sur le papier et sur les stades. Mais jamais dans le coeur des Béninois. Janus qui est passé par là prévient : « J’y suis, j’y reste ! »

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 1er mars 2010

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Monsieur Jerôme Carlos : Historien, journaliste et Chroniqueur
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