Article complet: Quand les démocrates approuvent un coup d’Etat

01.03.10

Permalink 10:52:53, par Roger GBEGNONVI Email , 827 mots, 217 vues   French (FR)
Catégories: Chroniques

Quand les démocrates approuvent un coup d’Etat

En plein soleil sahélien l’après-midi du 18 février 2010, les militaires putschistes nigériens nous auront plongés dans la quadrature du cercle en cela qu’ils nous auront amenés à applaudir ce que nous autres, démocrates, exécrons le plus au monde, les mises en joue, les passages à tabac, les voies de fait, les coups d’Etat. Oui, nous avons applaudi. Mais attention : il n’y a quadrature du cercle qu’en apparence car il n’y a rien de caché ni d’ambigu sous le soleil sahélien, et nous sommes parfaitement en phase avec l’UEMOA, la CEDEAO, l’UA et l’ONU, puisque, ensemble avec ces organisations, nous avions condamné les coups d’Etat successifs de Mamadou Tandja contre le Parlement, la Cour constitutionnelle et la Commission électorale. On ne peut pas condamner les coups d’Etat de Tandja et applaudir celui d’un militaire chef d’escadron. Donc nous condamnons aussi.
Mais où les choses diffèrent absolument et où nous parlons d’apparence, c’est à un point d’intersection très précis : alors que les coups d’Etat de Mamadou Tandja sont intervenus pour corseter la démocratie et la mettre en cage, celui du chef d’escadron est intervenu pour restaurer la démocratie. Nous passons donc de la nuit noire attestée à la promesse de l’aube. Devrions-nous faire la fine bouche parce que la restauration annoncée n’est que promise ? Non, parce qu’il n’est pas si facile de rétablir ce qui a été défait, du moins ne peut-on pas le rétablir instantanément. C’est sur sa promesse de rétablir la confiance entre les Etats-Unis et le monde et de travailler assidûment à la paix que le jury d’Oslo a décerné à Barack Obama, président en guerre, le prestigieux Prix Nobel de la Paix. Il faut savoir faire confiance et attendre, quand ceux qui s’adressent à nous sont manifestement de bonne foi.

[Suite:]

En l’occurrence, nous ne devrions pas avoir à attendre très longtemps, car la tâche à faire est rendue extrêmement facile pour les putschistes nigériens du 18 février 2010, en ce qu’il leur suffit de disperser d’une grenade la sixième république fantoche de Mamadou Tandja et de rétablir la cinquième République, la seule légale et légitime, à travers la remise en place de ses institutions. Pour cela, ils n’ont pas besoin tout à fait d’un mois. Aussitôt sortis de leur caserne, ils y retourneront aussitôt. Mais donnons-leur six longs mois en sachant pertinemment que si les Guinéens ont besoin de six mois après cinquante ans de dictature, il n’en faut rigoureusement qu’un aux Nigériens après la tentative dictatoriale avortée de Mamadou Tandja. Si néanmoins après six mois, les putschistes nigériens sont encore là à raconter des histoires à dormir debout, ce sera la preuve que ce qui les intéresse autant que Tandja, c’est AREVA et l’uranium doté de royalties satisfaisants pour officiers en mal de sous au Sahel. Alors le peuple nigérien en tirera les conclusions et reprendra ses responsabilités.
Car la grande leçon du putsch du 18 février 2010, c’est que ledit putsch fera tâche d’huile au Niger et dans la sous-région. Tous les réviseurs de constitution pour transformer la démocratie en dictature mole puis ferme savent désormais que, là aussi, rien ne sera plus jamais acquis, et qu’il se trouvera toujours quelque part dans une caserne, un capitaine ou un chef d’escadron pour prendre fait et cause pour le peuple et assener au dictateur aux petits pieds : ‘‘Assez maintenant ! Va-t-en !’’. Il faut d’ailleurs savoir gré aux putschistes nigériens de n’avoir pas déchargé sur Mamadou Tandja de nombreuses balles perdues. Il est juste et bon qu’il reste vivant pour témoigner de la manière déshonorante dont les choses nous quittent quand nous ne voulons pas les quitter dans l’honneur. Et pour l’officier supérieur que fut Mamadou Tandja avant de devenir chef d’Etat, c’est triste. Les Nigériens devraient le juger, non pas pour les soldats qui ont perdu la vie en le défendant – ils faisaient leur devoir – mais pour les coup d’Etat successifs qu’il a commis en quelques mois et qui ont ramené le Niger dix ans en arrière, et qui ont fait honte à l’Afrique. Quant aux Nigériens prétendus lettrés, juristes et constitutionnalistes à la petite semaine, qui se ridiculisaient tôt le matin sur Rfi à défendre le Génie des Carpates du Niger, ils iront méditer la parole terrible et si peu poétique de Léopold Sedar Senghor : ‘‘Il faut qu’il y ait des traîtres et des imbéciles.’’

(Par Roger Gbégnonvi)

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