Article complet: Quand le Chili dévoile Haïti

04.03.10

Permalink 16:00:35, par Roger GBEGNONVI Email , 809 mots, 348 vues   French (FR)
Catégories: Chroniques

Quand le Chili dévoile Haïti

Devant les malheurs ici et ailleurs, beaucoup d’entre nous viennent de retourner aux millénaristes annonciateurs périodiques de la fin du monde, ainsi qu’à notre bon vieux Nostradamus, qui a tout vu d’avance et qui a dû voir aussi, il y a longtemps, le récent tremblement de terre à Haïti, sans doute l’un des signes précurseurs de la fin du monde.
Nous en étions là de nos élucubrations mystiques sur les malheurs d’ici et d’ailleurs et sur l’embrassement final qu’ils nous promettent à partir d’Haïti, lorsque la terre trembla au Chili plus violemment qu’à Haïti, mais avec infiniment moins de victimes humaines, 300 à 400 contre les 300.000 d’Haïti. Beaucoup moins de dégâts matériels aussi qu’à Haïti.
D’où vient la différence, si l’on rejette l’hypothèse malsaine de la malédiction divine ? Les Chiliens sont gens alphabétisés en majorité, instruits, éduqués, cultivés. Leurs dirigeants, y compris le dictateur Pinochet, ont passé, au total, beaucoup de temps à leur expliquer que, vivant dans une zone hautement sismique, ils ont des précautions spécifiques à apprendre et à prendre pour tenir bon face à ce phénomène ravageur qui vient toujours comme un voleur, qu’ils doivent construire leurs demeures selon des normes spécifiques anti-sismiques. Eduqués, les Chiliens ont compris et fait ce que leur ont dit leurs dirigeants responsables. Voilà comment s’explique, sans Nostradamus ni millénarisme, qu’il y ait infiniment moins de dégâts de toutes sortes pour un séisme plus violent que celui de Port-Au-Prince.

[Suite:]

A côté du Chili, qu’est-ce que Haïti et son peuple ? Une terre et un peuple de tout temps violentés. C’est à se demander si l’on n’a pas jeté là exprès, en terre déshéritée et ingrate, des esclaves dont on ne voulait pas ailleurs. Un peuple grosso modo analphabète, livré au vaudou, dont il est interdit de dire du mal, mais dont la performance est aussi régressive là-bas qu’à Abomey et Ouidah, sur la terre de ses origines. Un peuple miné par le colonialisme, qui a dû acheter à prix de sang et de matières sonnantes et trébuchantes son indépendance à la France, mère des révolutions et patrie des droits de l’homme. Un peuple livré à une série de dictatures hirsutes, malodorantes et fantasques, dont celle de la dynastie Duvalier avec ses Tontons Macoutes de sinistre mémoire. Nul n’a les idées suffisamment de travers pour croire que ces gens ont enseigné au peuple haïtien qu’il vit sur un sol à séismes, que les mesures anti-sismiques existent et sont indispensables. Ce n’était même pas le dernier de leurs soucis, car le dernier souci est un souci qui existe. Le leur a toujours été de maintenir le peuple dans une ignorance crasse soutenue par un vaudou régressif à fin de domination et d’exploitation sans fin. Et nous cautionnons ces exploiteurs éhontés lorsque nous courons vers millénaristes et Nostradamus pour trouver sens au drame d’Haïti, côté tremblement de terre à Port-Au-Prince. Et ce n’est pas fini : il pleut maintenant des trombes d’eau sur Haïti meurtri.
Non, soyons sérieux, et sortons du village mental africain où nous continuons de nous enfoncer malgré nos parchemins obtenus de haute lutte dans les universités de France et de Navarre. A quoi bon, si c’est pour continuer à penser comme avant ? A moins que nous-mêmes ayons quelque intérêt à l’obscurantisme de nos peuples. Auquel cas nous serions des Tontons Macoutes diplômés et souriants, avec sur les lèvres tout ce qu’il y a de beaux discours pour tirer de leur sort la veuve et l’orphelin. Auquel cas nous serions plus dangereux que les Tontons Macoutes originaux, qui avaient l’honnêteté sans fard de se montrer violents en paroles et en actes. Ils n’endormaient pas leurs victimes, ils les assommaient. Nous autres, nous les endormirions sans les assommer. Elles ne se révolteront donc jamais contre nous. Nous serions donc plus dangereux que les Tontons Macoutes. Prenons-y garde.
Ce que nous enseigne le parallélisme entre les tremblements de terre chilien et haïtien, c’est que la différence entre les autres et nous, c’est un peuple éduqué et ce sont des dirigeants responsables. Cotonou, et ce n’est pas du coq à l’âne, est un vaste marécage qui finira bientôt comme il a commencé : l’eau emportera tout ce qui sera à sa portée. On le sait, mais personne ne s’en préoccupe parce que millénarisme Nostradamus nous l’expliqueront en son temps.

(Par Roger Gbégnonvi)

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