30.08.10

Permalink 10:01:32, par Roger GBEGNONVI Email , 860 mots, 155 vues   French (FR)
Catégories: Chroniques

Est-il un Béninois qui aime le Bénin ?

Une enquête-maison, menée au pas de charge (question-réponse à lava-vite) au niveau d’une centaine d’étudiants avant d’entrer dans le vif du cours, a donné le résultat suivant, quand on a eu ramené l’ensemble des réponses obtenues à une formulation commune : le Bénin, pour les Béninois, est un plat à manger et non un pays à développer. On ne dira pas grand-chose ici des trésors amassés en matière de culture de la consommation sans scrupule. Voici toutefois deux exemples de consommateurs édifiants dans leur insouciance. C’est l’oncle qui regarde tristement son neveu, brillant professeur d’université, à qui il finit par demander pourquoi il ne s’est pas fait douanier et s’il lui est encore possible de le devenir, auquel cas il faudrait qu’il se dépêche de quitter l’impasse où il est allé se fourvoyer. C’est la toute jeune femme, diplômée sans emploi depuis deux ans et qui, de guerre lasse, cède finalement à un douanier entreprenant et accepte de devenir sa onzième maîtresse. Elle ne l’aime pas du tout, mais avec lui, elle est à l’abri du besoin à vie. L’oncle et la jeune femme savent comment les douaniers font fortune. Mais, pensent-ils, c’est Dieu qui leur a permis de se retrouver de ce côté du plat où il y a possibilité d’enrichissement illicite et rapide, et quiconque peut s’accrocher à l’un d’eux pour tirer son épingle du jeu est béni de Dieu. Pas de souci à se faire ni de scrupule à avoir. Si tu n’y vas pas, dégage le chemin pour que j’y aille.

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23.08.10

Permalink 11:20:00, par Roger GBEGNONVI Email , 800 mots, 167 vues   French (FR)
Catégories: Chroniques

Peut-on nous aider sans nous infantiliser ?

Les parents aident leurs enfants sans jamais les infantiliser puisque, aussi bien, il s’agit de les amener à grandir, à s’affranchir. Les enfants, de leur côté, quand ils sont devenus grands, aident leurs parents sans jamais les humilier puisque, aussi bien, il s’agit, soit de leur faire plaisir, soit de leur donner la main pour passer un moment difficile, le temps de retrouver leur équilibre et de continuer leur chemin sans béquilles. En dehors du cadre familial ou sincèrement amical, peut-on aider l’autre sans l’infantiliser ni l’humilier ? Comment faire le bien sans que mal s’ensuive ? Sujet de dissertation pour candidat au baccalauréat ? Passons.
Et disons que l’aide régulièrement reçue par les pays au sud du Sahara est comme entachée des péchés d’infantilisation et d’humiliation. Elle comporte quelque chose de flétrissant pour l’âme des peuples, à supposer que leur corps s’en sorte indemne. On nous prête de l’argent. Constatant au bout de quelques années notre incapacité à rembourser (peut-être le savait-on dès le départ), on efface magnanimement la dette et l’on nous autorise à emprunter encore. Tant et si bien que nous allons d’emprunt à dette effacée, de dette effacée à emprunt… De quoi avoir le tourniquet, tant le manège est contre-nature. Dans la vie réelle en effet, les choses se passent tout autrement : si le créancier consent une fois, par très grande charité, à effacer la dette sans recours au tribunal pour un remboursement obligatoire étalé dans le temps, il ne prêtera plus jamais son argent à ce débiteur insolvable. Il y a donc anguille sous roche s’il en va tout autrement dans les relations nord-sud, pays riches-pays pauvres. Si la dette contractée par nous, si l’aide que l’on nous a octroyée (liée ou pas liée) retourne à son lieu d’origine par moult chemins pour faire tourner des usines et améliorer quelque balance de commerce extérieur, c’est très bien. Mais pourquoi nous infantiliser ou nous humilier en déclarant sur les toits nous remettre une dette qui, finalement, n’en fut pas une ?

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17.08.10

Permalink 12:38:01, par Roger GBEGNONVI Email , 804 mots, 139 vues   French (FR)
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Yahya Jammeh ou le Noir n’est pas toujours beau

La Gambie, aberration géographique des petit-choses coloniales d’il y a deux siècles, est un pays qui affichait en 2009 un PIB de 6,2 % et dont on prévoit qu’il progressera en 2010. Ses voisins n’approchent pas ce nirvana. Voire. C’est un pays qui, en sus, accueille par an environ 100.000 touristes, essentiellement des occidentaux, en quête de plages ensoleillées, de rêves vacanciers et, probablement aussi, du spectacle insolite et anachronique d’un régime politique à la tonalité médiévale sous les tropiques au troisième millénaire après Jésus Christ.
Nul besoin de consulter les archives pour savoir que l’Afrique du Sud de la fin du deuxième millénaire après Jésus-Christ affichait de très bons taux de croissance par-dessus la tête d’un peuple qui y mourait de maltraitance, et que les occidentaux y accouraient par dizaines de milliers pour assouvir des rêves vacanciers et, peut-être aussi, pour admirer combien beau serait le monde débarrassé de certains peuples embastillés dans des bantoustans gardés par des chiens policiers. Un certain nirvana donc par un certain bout de la lorgnette.
Probablement parce qu’ils n’auront pas choisi le même bout de la lorgnette, les Etats indépendants de l’Afrique noire, à l’exception peut-être de l’ivoirien, avaient décrété infréquentable l’Etat d’apartheid érigé par les Verwoerd et les Botha. Aux yeux de ces Etats africains refuzniks, il fallait en finir immédiatement en Afrique du Sud avec le mépris des droits de l’homme. Malgré son mépris total des droits de l’homme, l’Etat de terreur instauré en Gambie par le sergent Yahya Jammeh est sans commune mesure avec la barbarie de l’apartheid. Encore qu’il faille savoir raison garder : où s’arrête la terreur pour faire place à la barbarie ?

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09.08.10

Permalink 12:51:08, par Roger GBEGNONVI Email , 835 mots, 160 vues   French (FR)
Catégories: Chroniques

Arrêter la descente aux enfers de la démocratie béninoise

La liberté d’expression et la liberté de la presse sont les mesures fondamentales de la liberté et des libertés, les repères infaillibles de la vitalité de la démocratie. C’est si vrai que, comme par hasard, la Constitution du 11 décembre 1990 fait se suivre les articles 23 et 24, qui affirment respectivement la liberté d’expression et la liberté de la presse.
Eu égard à ces deux articles, eu égard à l’exigence démocratique, eu égard à notre attachement à la liberté et à toutes les libertés, la mise hors tension des émetteurs de Radio France Internationale au Bénin aux alentours des festivités du 1er août n’est pas un événement banal, négligeable, à ranger dans le placard des ‘‘bof’’ ou à botter en touche par un haussement d’épaule marquant un agacement passager. De toute façon, les Béninois en ont été profondément attristés. C’est donc un événement qui doit nous préoccuper, nous inquiéter et nous angoisser. Au plus fort du silence imposé à Rfi le 3 août par le pouvoir du Changement, un conseiller en communication du Chef de l’Etat interpellé prétendit d’abord que ce pourrait être du fait d’une défaillance technique, puis il lâcha le morceau : ‘‘Et même si c’était du fait de l’Etat, cela s’est fait au Togo.’’ Or le Togo, dans aucun de ses moments politiques, de Silvanus Olympio à Eyadema fils, ne saurait constituer pour le Bénin un modèle de démocratie.

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04.08.10

Permalink 13:50:33, par Roger GBEGNONVI Email , 838 mots, 85 vues   French (FR)
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Instituteurs buissonniers pour l’écriture

Après cinquante ans d’errance que tous appellent très abusivement cinquante ans d’indépendance, un chef d’Etat africain au sud du Sahara, juste avant d’aller jouer avec douze autres les bons garçons sur les Champs-Élysées le 14 juillet, s’était pris à ‘‘rêver’’ (sic) du meilleur pour son pays ‘‘dans les vingt ans’’ (sic), et son rêve avait donné ceci : ‘‘…avec notre uranium, notre or et peut-être demain notre pétrole…’’. C’était le 5 juillet 2010. Et il est vrai que depuis cinquante ans, le pays en question titube et geint au milieu des coups d’Etat alimentaires, des révoltes de soldats, des frasques sanglantes d’un empire ubuesque, des guerres villageoises perlées avec, à chaque fois, leurs dizaines ou centaines de cadavres et leurs brochettes de femmes violées, des miasmes d’une démocratie déjà essoufflée et qui menace ruine…Oui, vraiment, il faut rêver du meilleur. Mais pourquoi, malgré l’uranium et l’or déjà présents, et le soleil et la pluie présents en permanence, pourquoi ce fut, pendant cinquante ans, sur fond de misère matérielle intense, la misère morale intense dont on vient de décliner quelques-unes des affres ? Qu’apportera d’autre le pétrole que ce qu’il rapporte déjà au sud du Sahara, à savoir quelques minables royalties que se partagent rageusement les rapaces au pouvoir et qu’ils s’empressent d’entasser dans les paradis fiscaux qui sont ailleurs qu’en Afrique ?

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