Le chef n’est pas un magicien. Il va sans dire qu’il ne saurait, d’un geste, calmer la furie des vagues, contenir la montée des périls, essuyer les larmes des uns, panser les plaies des autres. L’image qui traduit le mieux la mission du chef n’est pas celle qui le laisse esseulé et solitaire en tête, mais celle qui le montre au milieu, en communion avec ceux qui l’ont fait chef. A l’instar du poisson, à l’aise dans l’eau, mais qui n’est plus grand-chose et ne peut plus grand-chose hors de l’eau.
S’il en est ainsi, le faire ensemble s’impose comme l’approche la meilleure pour résoudre les problèmes d’un pays, un pays en situation de crise majeure. Un pays à rassembler par delà nos critères habituels de sélection, par delà nos cadres familiers d’appréciation des jours ordinaires. Quand la guerre gronde aux portes d’un pays, le chef n’est pas plus soldat, il n’est pas plus patriote que ses concitoyens. Tout en étant à la tête, il est aussi soldat et reste patriote, tout autant que ses compatriotes.
Le Bénin n’est pas en guerre. Dieu merci. Mais ce qui s’y passe ces jours derniers a tous les effets dévastateurs d’un tremblement de terre. En ce que tout s’assombrit, soudain, dans la vie de chacun de nous. En ce que tout se brouille brusquement dans nos têtes. Ce qui empêche de rentrer dans l’avenir d’un pas assuré.
Six sur onze. Six des onze Ecureuils juniors qui ont séduit le public, dimanche 29 juin 2008 au Stade de l’Amitié de Kouhounou, sont des produits d’une école de formation de football. Prestation non ordinaire de ces six jeunes Béninois, bien intégrés à une équipe qui a proprement étrillé le Onze national junior marocain sur le score sans appel de trois buts à zéro.
Le fait aurait pu passer inaperçu. Nous y avons vu, quant à nous, les prémices d’une révolution appelée à changer de fond en comble bien de choses dans maints domaines, bien au-delà du football. C’est, chez nous, une nouvelle mentalité qui éclôt. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre et qui ouvre la voie à un professionnalisme de bon aloi. C’est la promesse de chantiers aboutis, soulagés de la graisse malsaine de l’impréparation, de l’approximation et de l’improvisation.
Les six jeunes Béninois qui ont apporté aux Ecureuils la vivacité dans le jeu, la rigueur d’une technique rarement prise à défaut, la fraîcheur d’une forme physique éblouissante sont : Ludovic Carlos, Achille Oussoukpoé, Hervé Quénum et Alla Kouamé, tous les quatre sont des pensionnaires du Centre international de Formation Adjavon Sébastien (CIFAS). Quant aux deux derniers, Séidou Barazé et Romaric Houssou, ils évoluent dans les structures de formation de Naza Fc au Cameroun.
Le Bénin ne se porte pas bien. Même un adepte forcené de la méthode Coué, que l’on sait d’habitude optimiste, en tout, partout et toujours, vous le dira. Que devons-nous voir et lire derrière les lourds nuages noirs qui barrent l’horizon de tout un pays ? Beaucoup retiennent les signes avant-coureurs d’un cataclysme aux effets dévastateurs d’un tsunami. Ont-ils tort ? Ont-ils raison ? Passons rapidement en revue quelques uns des indices de cette nuit noire qui tombe sur notre pays.
L’Assemblée nationale est bloquée dans son fonctionnement. Rien ne semble plus bouger, rien ne semble plus vivre dans ce qui est censé être le cœur vivant d’un pays, d’une nation en devenir, d’une démocratie en plein essor, de l’Etat de droit en construction. Car, l’Assemblée nationale, c’est tout cela, c’est l’expression de la vitalité politique d’un pays. On peut y prendre sa température.
La gouvernance locale est au plus mal. Ce qui affecte, du coup, toute l’architecture de notre politique de décentralisation. Au terme des élections communales, municipales et locales, le cœur n’est pas encore à l’ouvrage dans 24 communes sur les 77 au total. Le contentieux post électoral s’est exacerbé. Il a dégénéré depuis en une contestation violente et sanglante, plaçant, à ce jour, 24 localités de notre pays en situation quasi insurrectionnelle.
Robert Mugabe, Président ! On a beau le clamer haut et fort, mais cela glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard. Quand on a fini par croire qu’on est né pour être président, point n’est besoin de dire qu’on est président. On l’est. On le reste. Robert Mugabe, depuis vingt-huit ans, ne sait plus faire que ça et il n’entend point faire autre chose que ça.
Si bien que quand l’homme s’est présenté tout seul, vendredi dernier 27 juin 2008, devant ses compatriotes, sans challenger, dans une élection présidentielle à sens unique, où tout est joué à l’avance, on s’est interrogé sur le bien fondé d’une telle formalité. Pour dire que, au point où nous en sommes, avec 84 ans d’âge, 28 ans d’un règne sans partage, à quoi s’ajoute désormais une rallonge de cinq ans, Robert Mugabe, c’est le pouvoir personnel auquel il s’identifie totalement et complètement, un pouvoir qu’il s’est déterminé à défendre becs et ongle avec l’énergie du désespoir.
Et voilà que l’homme trouve tout cela normal, comme allant de soi, tout étant, dans son pays, le Zimbabwe, pour le mieux dans le meilleur des mondes. J’y suis, j’y reste, seul Dieu peut me déloger du pouvoir. Les Zimbabwéens, malgré une inflation à quatre chiffres, ont besoin de moi, et moi, Mugabe, je me sacrifie à rester leur président, envers et contre tout, de gré ou de force.
Et voilà que Tambo Mbeki, le Chef de l’Etat sud-africain, appelé à jouer les bons offices, estime que le Zimbabwe n’est pas en crise, que tout y va bien et qu’il n’y a que des hurluberlus qui, prenant leur désir pour la réalité, voient un pays au bord de la rupture. Ce que n’approuvent pas, heureusement, ses compatriotes Zouma, appelé à le remplacer à la tête de l’Etat sud-africain, Nelson Mandela, son prédécesseur à cette charge, ou l’Archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix, figure emblématique de la lutte contre l’apartheid.
Il est, depuis peu, au centre du débat national. Et pour cause ! L’Organe Présidentiel de Médiation (Opm), né sans tambour ni trompette, appelé à combler un vide en se faisant l’instance arbitrale chargée de connaître et de résoudre tout différend, tout litige entre l’administration publique et les forces sociales et/ou professionnelles, attelé à la tâche depuis deux ans dans la discrétion, avec quelques bons résultats à la clé, l’Opm fait l’objet d’attaques ciblées. Celles-ci sont de nature à le casser dans son élan et à le réduire en cendres, à la fin.
Un tout premier recours en inconstitutionnalité adressé à la Cour Constitutionnelle a fait mouche. Un second recours, pour le même motif, vient d’atterrir sur la table des sept sages de la Cour. Pendant ce temps, certaines organisations de la société civile, retrouvant toute la verve perdue, tout l’allant de naguère, enfoncent le clou pour que l’Omp passe à la trappe, sans délai et sans autre forme de procès.
Sur le plan du droit, l’Opm semble être né avec un péché originel. De par ses attributions, en effet, la structure créée par un décret, est le décalque quasi parfait d’une institution de la République. Une entorse, sans nul doute, au parallélisme des formes. Dans ces conditions, seule une loi, votée à la majorité des deux tiers de nos députés, pourrait lui conférer le standing auquel il prétend dans notre paysage institutionnel.