02.09.10

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Intégration et criminalité

Jour de deuil que ce 30 août 2010 pour nos compatriotes vivant à Kraké-plage. Ce jour-là, à ce lieu-dit, situé à la frontière bénino-nigeriane, des malfrats lourdement armés, ont semé la mort et la peur au sein des populations. Le bilan de leur passage traduit bien la gravité de leur action : cinq morts, dont deux malfrats abattus, trois civils tués, quatorze blessés graves, des millions de francs CFA emportés.
Ce genre d’action criminelle se répète depuis deux ans. Ce n’est plus de l’ordre de l’accidentel. Nous vivons une nouvelle ère de la criminalité et le grand banditisme emprunte des canaux inédits. Le tout marqué par un changement notable aussi bien dans le mode opératoire que dans les moyens d’action. Le rythme du tam-tam changeant, les pas de danse doivent suivre. Une réflexion neuve doit être articulée et appeler des initiatives et des actions novatrices.

C’est de criminalité transfrontalière qu’il s’agit. Notons qu’elle coïncide avec une forte demande d’intégration sous-régionale. Le marché international de Dantokpa, par exemple, à travers notamment les activités des principaux acteurs qui s’y illustrent, n’est plus une simple place de négoce aux dimensions et au profit de notre seul pays. Dantokpa rayonne bien au-delà du Bénin. L’accélération des transactions va de paire avec une plus grande ouverture des pays de la sous région, par delà leurs frontières nationales.

Voilà qui nous rapproche de l’idéal sous-régional que prône, depuis trente cinq ans, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Idem pour l’Union Africaine (UA). Elle poursuit, en effet, depuis 1963, le grand rêve de Kwame Nkrumah : fédérer nos intelligences pour construire l’indispensable outil de restauration de l’identité et de la personnalité africaines, les Etats-Unis d’Afrique.

L’intégration dont il s’agit n’est ni un luxe ni une lubie pour illuminés en mal d’un rêve de terre promise. Les Etats-Unis sont une puissance planétaire, parce qu’ils ont su s’organiser en un bloc fédéral de cinquante Etats. L’Europe prend le chemin de la puissance, parce qu’elle a compris la nécessité de s’ouvrir sur elle-même, par delà ses diverses frontières nationales. Ce que comprennent les Latino-Américains en voie de réaliser le Mercosur ou les Asiatiques avec l’ASEAN.

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01.09.10

Permalink 13:41:17, par Jerôme CARLOS Email , 976 mots, 50 vues   French (FR)
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Sur les traces de nos malheurs

Dur, dur d’être Béninois par les temps qui courent. Nous sommes encerclés de toutes parts par des malheurs sans nombre. Nous pouvons fermer les yeux sur le mal qui nous ronge. A l’image de l’autruche. Mais nous avons choisi de garder les yeux ouverts et de tenir la comptabilité de nos malheurs. Nous avons arrêté notre compteur à sept, bien conscient que la liste n’est pas limitative.
Il y a, premièrement, tous les floués de ICC Services, du nom de cette société de placement d’argent. Elle a laissé sur le carreau des milliers de Béninois. Ils n’ont plus, aujourd’hui, que leurs yeux pour pleurer. On a fait rêver nombre de nos compatriotes. Ils se sont mis à bâtir, comme on dit, des châteaux en Espagne. Nous ne savions pas le Béninois aussi économes. Celui-ci a sorti promptement son bas de laine. Celui-là n’a pas hésité à casser sa tirelire. Tous ont cru au baratin des rabatteurs de service lancés à leur trousse. Tous étaient assurés de faire de bonnes affaires et de prendre le bon virage pour le rendez-vous avec la fortune. Et puis, un matin, patatras ! « Adieu veau, vache, cochon, couvée ».

Il y a, deuxièmement, les sinistrés de Karimama, dans la partie septentrionale de notre pays. Hommes, femmes et enfants sont délogés de leurs maisons. Ils sont expulsés de leurs champs. Des pluies diluviennes sont passées par là. Elles ont fait déborder le fleuve Niger. Les récoltes sont emportées par les eaux. Les bêtes sont mortes. La région n’est plus qu’un champ de ruine. Au grand désespoir des habitants. N’ayant plus rien, ils manquent de tout. Les Béninois, de partout, doivent entendre l’appel pressant à une solidarité agissante.

Il y a, troisièmement, les oubliés du gaz que nous sommes subitement devenus. Par le gaz, nous avons fait un saut dans la modernité. Mais nous voici brutalement ramener à nos foyers traditionnels, à nos fagots de bois, à nos charbons de bois. Nous n’étions pas peu fiers, par le gaz, de participer, à notre manière, à la protection de notre environnement naturel. Mais les puissants du jour nous fait chuter de haut. Sans nous prévenir. Sans nous informer. La fumée envahit les appartements. Les risques d’incendie se multiplient. Le charbon revient en force, mais sur le cheval nerveux d’une inflation galopante. Mais que faire ? Prendre notre mal en patience. Continuer de mettre la main noircie de charbon à la poche. Mais jusqu’à quand ?

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31.08.10

Permalink 14:21:20, par Jerôme CARLOS Email , 924 mots, 181 vues   French (FR)
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L’argent ne fait pas le Président

Ainsi en ont décidé les représentants du peuple : tout candidat à la Présidence de la République devra s’acquitter d’une caution de 100 millions de francs CFA. Voilà qui nous éloigne des 5 millions de francs CFA jusque là exigés. Le bond est prodigieux. Il est de l’ordre de 1 900%. Pourquoi nos députés ont-ils jugé utile de faire et de frapper si fort ?
Sans nul doute, parce que la foire à la candidature, a fini, au fil des élections, à n’être plus qu’une banale formalité à la portée du premier pelé et galeux venu. Il lui suffit de sauter la barrière et le tour est joué. Quand le système de sélection n’est pas assez contraignant, on prend le risque de faire passer entre les mailles une pléthore de candidats. C’est dévalorisant pour la fonction présidentielle. La dernière élection présidentielle, en 2006, n’a pas enregistré moins de 26 candidats pour un pays de 8 millions d’habitants. Le Nigeria, avec un poids humain de 150 millions d’âmes, à l’élection présidentielle de 2007, n’a enregistré que 12 candidats.

On peut ainsi comprendre les motivations de nos députés. Ils sont soucieux de siffler la fin de la récréation. Ils veulent tenir éloigner la fonction présidentielle de la bouffonnerie de quelques charlots animés du désir de nous distraire. Ils en ont assez de laisser entrebâillée la porte au profit de quelques plaisantins en mal d’amuser la galerie en s’offrant une tribune facile. Aussi ont-il trouvé en l’argent un bon critère de sélection, le tamis pour séparer le bon grain de l’ivraie.

Sans tomber dans le misérabilisme, affirmons que 100 millions de francs CFA de caution à l’élection présidentielle, c’est nettement au-dessus des standards en vigueur dans un pays où le SMIG reste plafonné à 37 000 francs CFA. Une caution qui plane ainsi par-dessus la réalité courante et quotidienne du plus grand nombre ne répond plus à son objectif premier, celui d’être un dépôt de garantie au cas où le candidat ne réunirait pas sur son nom un pourcentage donné de suffrages. Une caution qui fait la part belle à ceux qui justifient d’une capacité financière élevée, établit une ligne de démarcation entre une majorité pauvre qui vote et une poignée de riches qui peut se forger un destin permanent d’éligibilité.

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30.08.10

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Un livre pour interpeller l’Afrique et les Africains

Un petit livre, n’est pas un livre petit. La démonstration en vient d’être faite avec le roman que publie notre compatriote William Comlan « La cage d’épouvante ». Avec ses 117 pages, ce roman n’ambitionne pas moins de faire réfléchir l’Afrique et les Africains sur les cinq premières décennies de leur indépendance. Comme dans la parabole biblique des Talents, il leur est demandé, cinquante années après, ce qu’ils ont fait de leurs atouts et chances, alors qu’ils se libéraient, en cette année de grâce de 1960, du joug colonial.
Si c’était cela l’objectif de William Comlan, pourquoi avoir choisi la fiction pour lire et dire l’Afrique de ces cinquante dernières années ? Interrogation d’autant plus justifiée que l’auteur, titulaire d’un double doctorat en sciences sociales et en sociologie, paraît, a priori, plus proche de la prose scientifique de l’essai que de l’écriture, toute en dentelle, d’une œuvre littéraire.

La vérité, en fait, se moque des genres par lesquelle elle se révèle et se manifeste. Pourvu qu’elle échappe à tout ce qui risque de l’étouffer. Un peu dans l’esprit de cette boutade attribuée à Mao, l’ancien président de la Chine. Peu importe, disait-il, la couleur du chat, pourvu qu’il attrape des souris. Et William Comlan, le sociologue, le spécialiste des sciences sociales, s’est senti bien dans le costume du littéraire qu’il s’est taillé. Il a pu ainsi camper un décor, créer des personnages qu’il fait évoluer dans des contextes, dans des ambiances fort différents. Il lui a été ainsi aisé de faire défiler, comme sur un grand écran, les problèmes sur lesquels l’Afrique butte depuis cinquante ans, interpellant, d’une page à l’autre, le lecteur.

Tout part, dans « La cage d’épouvante », de jeunes africains taraudés par le rêve de l’ailleurs. Il s’agit de fuir l’enfer de son pays pour aller se réaliser là-bas, c'est-à-dire sur la terre promise de ses rêves. Et cette jeunesse se rend brutalement compte que là où elle dépose ses valises n’est pas moins enfer que l’enfer qu’elle a fui. Y a-t-il, en Afrique, un pays autre que le Rwanda où l’enfer s’est révélé dans toute sa brutale vérité ? Car c’est sur la piste d’un génocide, grandeur nature, que William Comlan nous entraîne.

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27.08.10

Permalink 11:50:16, par Jerôme CARLOS Email , 944 mots, 156 vues   French (FR)
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Samson Dossoumon : l’exemple

Que d’hésitation avant de nous décider à nous jeter à l‘eau ! C’est déjà une entreprise à la limite de l’impossible que de parler de Samson Dossoumon de son vivant. On suppose que l’exercice, maintenant qu’il a quitté ce bas monde, s’apparente aux travaux d’Hercule. Le professeur s’en est allé en silence, presque incognito. Exactement comme il a vécu. Exactement comme il aimait apparaître et se voir dans le miroir des autres.
Il ne reste pas moins que c’est un immense monsieur, un grand compatriote qui disparaît. Car le professeur Samson Dossoumon avait tout grand : de sa taille à sa pensée, de sa discrétion exquise à sa densité humaine. C’est en vain qu’on cherchera à le classer dans une catégorie d’hommes. Il était unique en son genre, sans qu’il donnât le sentiment de cultiver une quelconque singularité, une quelconque originalité.

Nous n’étions pas ami. Qui, du reste, peut se targuer de bénéficier de sa part d’un tel privilège ? Mais le professeur Samson Dossoumon nous a honoré de son amitié en prenant part à la cérémonie de lancement du premier volume de recueil de nos chroniques. Il y a moins de deux ans, au Codiam, à Cotonou. A l’étonnement de nombre de participants. C’est rare, en effet, qu’on croise, en pareil endroit et en pareille occasion, ce moine laïc, la rigueur, la simplicité et l’austérité faites homme.

Une autre marque d’amitié : le professeur Samson Dossoumon nous a fait parvenir, il y a à peu près un an, un exemplaire de ce que nous supposons être son dernier ouvrage. Il s’agit d’un opuscule qui condense, avec une force incomparable, sa conception de l’éducation de la jeunesse africaine à partir des préceptes du scoutisme. Un détail qui dit l’homme et qui en dit long sur l’homme, c’est que nous ne disposions du moindre contact téléphonique de lui pour accuser réception de l’ouvrage et pour le remercier.

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Monsieur Jerôme Carlos : Historien, journaliste et Chroniqueur
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