A quoi servent les journées de ceci ou de cela ? De la journée de la femme à celle du réfugié, de la journée de l’eau à celle de l’arbre, en passant par la journée anti-tabac ou par celle de la lutte contre le sida, ce sont autant de célébrations qui s’enchaînent, se suivent et nous occupent. Mais, et après ? Pour nous interroger sur le fait de savoir ce qui reste de ces journées une fois éteints les lampions de la fête, une fois rangés dans les cartons les discours de circonstance, une fois effacés les reliefs de la fête.
La journée mondiale de lutte contre le paludisme est la toute dernière qui nous a occupés. C’était le 25 avril dernier. Le Bénin, à l’instar de tous les pays du monde, était invité à se joindre à l’armée universelle anti paludisme.
Notre pays a répondu à l’appel, de fort belle manière, à partir de l’esplanade de la maison des jeunes de Lokossa, espace symbolique retenu cette année pour signifier l’engagement sans faille de 7 millions de Béninois contre le paludisme, dangereuse maladie parasitaire qui tue chaque année 1,3 millions de personnes dans le monde, les 90% des victimes étant de l’Afrique sub-saharienne.
Face à ce tribut humain annuellement payé au paludisme, on se sent tout naturellement le cœur d’un croisé prêt à poursuivre la maladie dans ses derniers retranchements. Car, à quoi servirait-il de gagner la bataille de l’espace, de marcher sur la lune si, sur la terre et face au paludisme, nous continuons de projeter la lamentable image de soldats défaits d’une armée en pleine déroute ?
Il est parti comme il est venu : le verbe brillant, l’espérance flamboyante. Alpha Oumar Konaré, en cinq ans de présidence de la Commission de l’Union africaine ( UA) n’a pas bougé d’un iota sur un seul point : l’espoir. On comprend qu’il se soit attelé à planter l’arbre espoir dans le cœur de tous les Africains qui poursuivent le grand rêve du grand Kwame Nkruma, à savoir que « l’Afrique doit s’unir ».
En entrant en fonction, il y a cinq ans, plus précisément en juillet 2003, Alpha Oumar Konaré n’avait à la bouche que le mot espoir. Cinq ans plus tard, en remettant le témoin au Gabonais Jean Ping, désormais patron de l’organe exécutif de l’UA, Alpha Oumar Konaré semble poursuivre invariablement la même quête, l’espoir. Ce fut le maître mot de son discours lors de la cérémonie officielle de passation de pouvoir le 28 avril dernier à Addis-Abeba.
Nous partageons cette vision optimiste de l’avenir. Quand disparaîtront les difficultés d’aujourd’hui sur le chemin de l’unité de l’Afrique, restera l’espoir. L’espoir est l’essence du rêve, la substance dont se nourrit l’action créatrice. L’espoir encadre et accompagne toutes nos élaborations humaines. Les Zoulou de l’Afrique du Sud n’ont-ils pas raison de le tenir pour le pilier du monde ?
Un corps qui tombe comme une pierre d’un avion au décollage. C’est ce qui est arrivé au-dessus de la piste d’envol de l’aéroport de Cotonou-Cadjèhoun le vendredi 25 avril 2008. Le corps qui s’est ainsi brisé sur le tarmac est celui d’un jeune Béninois âgé de 15 ans environ. On apprend que ce dernier a réussi à déjouer toutes les mesures de surveillance avant de trouver à se cacher dans le train d’atterrissage de l’avion.
Ce drame n’est pas sans rappeler d’autres drames survenus dans les mêmes conditions, avec d’autres jeunes Africains, en mal d’un Eldorado, las de vivre dans la grisaille d’une vie sans relief. Ces jeunes Africains n’ont rien trouvé de mieux que de se faire hara-kiri, en prenant le risque de sortir de leur pays par des voies aussi démentiellement dangereuses.
On peut assimiler de tels drames à des faits divers tragiques. Des faits qui nous émeuvent, nous arrachent quelques larmes et nous laissent interrogateurs, un rien philosophes, sur l’humaine condition. Des faits qui, en ce répétant, perdent progressivement de leur charge émotionnelle pour n’être plus perçus que comme de simples accidents, des épisodes non essentiels que charrie la vie quotidienne.
C’est raté : les langues nationales, comme facteur de développement, ne s’étaient pas invitées dans le débat des élections communales et locales. Que n’avions-nous pas rappelé à qui de droit ce qu’il sait faire le mieux ?
Pourtant ces élections de proximité sont dites des élections de développement. Notre politique de décentralisation voudrait que l’expertise technique de nos cadres soit désormais relayée par les initiatives des populations à la base. L’intention sous-jacente, c’est de créer des conditions qui fassent de ces populations leurs propres pilotes aux commandes de leur destin.
S’il devait en être ainsi, comment prétendre faire participer les populations à la base à un développement démocratique si celles-ci n’ont pas la possibilité de parler leurs langues ; si celles-ci, par conséquent, ne peuvent être de plain-pied dans un débat qui porte et cristallise leurs intérêts, c’est-à-dire dans un débat qui les touche et qui les concerne au premier chef, dans un débat qui détermine, en dernière analyse, leur présent comme leur avenir ?
Au niveau central, au niveau des grandes structures de l’Etat, nos cadres sont dans leur bois sacré. Ils communiquent et échangent dans un langage fortement marqué par leurs spécialités et spécialisations respectives. Dans une réunion de banquiers par exemple, importe moins la langue de travail convoquée que le langage particulier utilisé, un langage propre à ce corps de métier.
Quel rapport entre élection et développement ? On reconnaîtra, sans rire, que le tout premier rapport, celui qui saute immédiatement aux yeux, c’est que les pays développés organisent des élections qu’on est tenté de qualifier de développées, alors que les pays sous-développés ont des élections qu’ils méritent. Pour dire, des élections conformes à leurs conditions.
D’une manière générale, dans les pays développés, les résultats des élections tombent quasiment le jour même où elles sont organisées. Dès la fermeture des bureaux, les grandes tendances qui se dégagent situent sur l’issue de la consultation et déterminent les gains et les pertes, le succès ou l’échec des uns et des autres. Le perdant, selon un rituel codifié, salue et félicite le vainqueur. C’est rare qu’il y ait un contentieux post électoral qui occupe les esprits et use les nerfs. La parenthèse électorale fermée, on se concentre de nouveau sur ce qui fait l’ordinaire d’un pays normal : le développement.
Dans nos contrées sous-développées, le temps de chaque élection s’annonce comme une période à haut risque, la période de tous les dangers. La tension est vive et il est rare qu’il n’y ait point de fraude. Les résultats se font attendre, tombant goutte à goutte dans un climat de suspicion généralisée. L’atmosphère est rarement à la courtoisie et aux civilités entre les différents protagonistes, mais plutôt à une vive contestation qui débouche parfois sur le chaos général. Chaque fois que les sous-développés vont aux élections, ils prennent le risque de mettre en danger leur développement.
Au cas où ces quelques éléments de constat ne se révèleraient pas assez convaincants, appelons à la rescousse quelques faits d’actualité.